Les icônes alternatives américaines de Shirley Manson joueront à Zurich le 28 juin. C'est l'heure des retrouvailles avec un groupe qui a guéri de nombreuses blessures et qui mériterait nettement plus.
L'affaire est personnelle. J'avais 23 ans, les larmes pas encore tout à fait sèches après la mort de Kurt Cobain. Musicalement, les merveilleux Smashing Pumpkins me maintenaient à flot. Et puis cette chanson a jailli de mon haut-parleur colonne à trois voies : «Only Happy When It Rains». Les paroles ont touché le cœur de mon âme d'adolescent. Avec la voix suave et détachée de Shirley Manson, la guitare traînante et pourtant puissante, les rythmes entraînants. Garbage m'a touché de plein fouet. L'album fait toujours partie de mon top 10 personnel des classements des premiers albums.
Le groupe m'a accompagné hors de la torpeur du grunge. C'était une fin d'été torride, l'amour était parfait. Mais deux mois plus tard, je suis tombé amoureux fou des hymnes infinis de la brit-pop. C'est à ce moment-là que deux frères originaux de Manchester ont sorti un disque au nom énigmatique de «(What's the Story) Morning Glory?» J'ai dû quitter Garbage. C'était difficile, mais le groupe est devenu une sorte de coup d'un soir musical. Une expérience dont on sait qu'elle aurait pu être plus intéressante. S'il n'y avait pas eu Oasis. Mais bon : «Don't Look Back in Anger».
Garbage a enchaîné sept albums. Je les ai tous coupés. Avec la nostalgie de celui qui est parti. Et la joie bienveillante de celui qui a aimé. Les intervalles entre les disques étaient parfois un peu trop longs pour que le groupe puisse tourner en boucle. Mais : tout est très solide, de la bonne musique. Musicalement et au niveau du contenu, ils ont vieilli avec moi tout en restant jeunes, beaux et sombres. Le dernier album «Let All That We Imagine Be the Light» est vraiment une bonne œuvre. Il me ramène dans le passé tout en étant dans le présent. Aujourd'hui, le groupe joue à nouveau en Suisse. Il est temps pour moi d'honorer mes anciennes dettes. Et peut-être aussi pour dire que je suis désolé d'être parti à l'époque. Je me réjouis de les revoir !