Comédie

Enissa Amani : "Je ne sais pas si j'oserai retourner en Iran".

10.08.2017 Par Michel Imhof
Dès son plus jeune âge, Enissa Amani a dû fuir l'Iran pour l'Allemagne avec sa famille. Là-bas, les contrastes l'attendaient : Elle a grandi à Francfort-sur-le-Main, la ville du capitalisme, et avec des parents aux idées communistes.

Et ce sont précisément ces contradictions qui sont notamment le thème de son nouveau programme "Mainblick". En fait, elle veut être constamment active politiquement, mais d'un autre côté, elle aimerait aussi simplement avoir les produits les plus récents et les plus cools. Nous avons rencontré la germano-persane pour une interview.

Pourquoi ton nouveau programme s'appelle-t-il "Mainblick" ?
Premièrement, c'est une allusion à ma ville natale allemande, Francfort-sur-le-Main. Et deuxièmement, j'y exprime mon point de vue, c'est-à-dire "Mon regard". Je n'aime pas les noms de programmes aussi amusants, je voulais plutôt quelque chose comme le titre d'un livre.

Qu'est-ce qui est important pour toi dans le programme ?
En premier lieu, je veux offrir aux gens une bonne soirée. De plus, j'intègre dans mon programme des thèmes critiques sur la société, ce qui fait que mon programme est mi-comédie, mi-cabaret.

Quelle est la part d'improvisation ?
Beaucoup, j'adore l'improvisation. C'est l'effet live, sinon on pourrait regarder tout cela à la télévision.

Qu'est-ce qui te plaît particulièrement dans ton travail ?
Pour moi, le plus grand plaisir, c'est quand d'autres humoristes m'appellent et me demandent si je peux écrire quelque chose pour eux sur un thème précis. J'ai déjà dû me battre pour obtenir mon nom, j'ai été confrontée à de nombreux préjugés. Rien que par mon apparence, mes vêtements ou mes participations à des concours de miss, les gens se moquaient de moi. Mais on me répond souvent que je les ai surpris. Le fait qu'une femme qui aime se maquiller et s'habiller comme moi aime lire ne correspond pas à la pensée compartimentée de beaucoup de gens.

Tu ne mâches pas non plus tes mots sur les sujets politiques.
Non, pourquoi le ferais-je ? C'est ce que les gens aiment chez moi. Je défends mon point de vue et mes opinions. Une fois, quand j'étais chez Markus Lanz et que j'ai donné mon avis sur le gouvernement iranien, certains ont dit : "Tu n'avais pas besoin de dire tout de suite que ce sont d'horribles barbares". Je donne donc mon avis, mais de manière amusante. Je ne veux pas expliquer comme un professeur comment les gens dans le public doivent vivre leur vie.
"Je ne suis pas journaliste politique, mais je dis quand même ce que je pense". - Enissa Amani

As-tu encore le droit d'entrer en Iran ?
Je ne sais pas. La dernière fois que je suis allée en Iran, c'était il y a dix ans, et tout se passait bien. Mais je ne suis pas une journaliste politique, mais je dis quand même ce que je pense. Je ne sais même pas si j'oserais aller en Iran. Tout peut bien se passer, mais ils pourraient aussi me retenir pour certaines déclarations. L'arbitraire est grand.

Une partie de ta famille vit là-bas.
Oui. Je n'ai par exemple pas pu assister à l'enterrement de ma grand-mère et de mon grand-père parce que je ne savais pas si tout se passerait bien. Malgré tout, je n'ai pas l'impression qu'on m'ait enlevé mon pays. J'ai mes racines en Iran et je suis chez moi en Allemagne.

Comment es-tu entrée en contact avec la comédie ?
Je n'avais rien à voir avec la comédie et le cabaret. Je connaissais l'artiste de cabaret Volker Pispers, que je trouve encore aujourd'hui super, et puis je connaissais Bülent Ceylan et Kaya Yanar par la télévision. Je n'avais jamais vu de programme comique non plus. Aujourd'hui encore, je constate que j'aime que les gens aiment ce que j'écris. Et sur scène, c'est la même chose.

Étais-tu déjà le clown de la récréation quand tu étais enfant ?
Je ne l'étais pas du tout. Je bavardais beaucoup, mais je n'ai jamais été celle qui aimait raconter des blagues. Mais souvent, les gens qui étaient très drôles à l'école ou entre amis sont ceux qui ne peuvent pas du tout l'être sur scène. A l'origine, je viens de l'écriture. Entre-temps, je fais aussi beaucoup pour d'autres humoristes et j'ai été scénariste en chef pour mon propre spectacle. C'est de là que vient mon amour pour la narration.

Qu'est-ce qui est le plus drôle en Suisse ?
Bien sûr, le dialecte, c'est très mignon. Et j'ai eu une fois une expérience : je tire au sort un Meet & Greet pour chaque représentation sur Instagram. Et là, l'autre jour, j'étais sur un vol à l'intérieur de l'Allemagne et quelqu'un m'interpelle : "Hé, j'ai gagné le Meet & Greet avec toi à Zurich, on peut déjà faire la photo ?" C'était une coïncidence amusante. Je lui ai alors répondu : "Oui, maintenant tu n'as plus besoin du Meet & Greet". Mais bien sûr, il l'aura quand même.

ENISSA AMANI EN DIRECT "MAINBLICK"
22.09.17, Théâtre Spirgarten Zurich
23.09.17, Rhypark Bâle
BILLETS

Traduit avec DeepL